Notre mamie adorée - Laura Franklin
Laura Franklin

Notre mamie adorée

Notre mamie adorée - Laura Franklin

J’avais une mamie qui avait pour jeu préféré, de nous cacher les yeux avec ses mains et nous demander : « qui c’est ? ». Quel que soit notre âge, elle avait un plaisir innocent à faire son petit manège. Je ne pouvais m’empêcher de lui embrasser les mains, même si elle avait beaucoup de taches brunes sur la peau, je voulais lui exprimer ma joie de la savoir près de moi. Je savais qu’il y avait des parents qui avaient du mal à voir leurs enfants grandir. En ce qui concerne ma mamie, j’avais l’impression que nous portions tous encore des couches et qu’il était hors de question d’espérer lui faire comprendre que nous étions presque tous adultes.

Lorsque je lui présentais ma fille qui n’avait que quelques jours, elle me l’enleva des bras en me lançant des réprimandes comme quoi je la tenais mal, qu’elle n’était pas assez chaudement habillée, ou encore, que je parlais trop fort près d’elle. Il fallait que je fasse des pieds et des mains pour la reprendre dans mes bras, car il était rare qu’elle se sépare facilement d’un bébé qu’elle dorlotait. Elle passait tout son temps à veiller sur tout le monde, comme une poule veille sur ses poussins. Je ne me rappelle pas avoir souffert une seule fois de son vivant.

Sur son lit de mort, elle n’avait fait qu’un seul vœu. Elle nous disait que nous avoir eus, avait été le plus beau cadeau que la vie lui ait fait. Qu’elle avait savouré chaque instant avec bonheur. Elle nous ordonnait de ne pas être tristes de la voir partir. Elle doutait encore de nous avoir donné suffisamment de son temps et de sa patience. Nous étions tous autour d’elle, toutes générations confondues, pour lui donner notre dernier salut. Le jour de l’enterrement, malgré l’ordre bien précis de notre mamie de rester joyeux et de faire la fête, un silence s’imposa en nous lorsque nous étions autour de la table. Il n’y a que mon neveu qui n’avait encore que quelques mois qui babillait à tue-tête. C’est ce qui commença à faire rire les enfants en premier, puis les adultes. Le sourire revenait grâce au cadet de toute la famille. Nous passions un long après-midi à se remémorer tous les souvenirs possibles de notre mamie. Une de mes sœurs posa les mains sur les yeux de mon tout jeune neveu de quelques mois. La relève était assurée.