S'aimer toute une vie - Laura Franklin
Laura Franklin

S'aimer toute une vie

S'aimer toute une vie - Laura Franklin

Ma voisine vient de perdre son mari. Et cela s’est produit dans des circonstances vraiment bizarres. Il a fallu peu de chose. C'est fou comme un petit incident peut en provoquer un autre beaucoup plus grave. Elle vivait avec son mari qui vendait de l’Internet rĂ©sidence, elle-même étant ancienne directrice de la Croix-Rouge. Ils avaient un chat et un chien. On ne sait pas comment le chat a vomi dans la maison, alors elle a voulu ramasser le dégât, et en se penchant, elle a malheureusement glissé et est tombée. Elle a crié et appelé son mari à l'aide ; il a eu tellement peur qu’il a couru vers elle, et dans les escaliers, son cœur a lâché. C'est vrai qu'il avait une pile au cœur depuis quelques années, et qu'il n'était plus vraiment tout jeune, puisqu'il avait quand même 84 ans. Mais aujourd'hui, 84 ans, c'est encore assez jeune vu l'espérance de vie générale. Nous sommes tous très choqués par son départ soudain, et certainement que ce sera une ambiance assez triste à son enterrement qui aura lieu cet après-midi. On se sent vraiment désemparés face à une telle douleur. Il est difficile d'imaginer ce que cette personne peut ressentir, elle qui a vécu toute sa vie, soit près de 50 ans, avec le même compagnon. Et en plus, sans avoir eu d’enfant, c'est-à-dire sans personne d'autre pour la consoler. Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de couples dont on pourra dire dans quelques années, qu’ils se sont aimé 50 ans, puisque cela devient de plus en plus rare. On semble se débarrasser des personnes au moindre problème, et le pire, c'est que ce n'est même plus choquant. Peut-être que j'ai encore une mentalité de l'ancienne génération, mais je préfère ça. Et quand quelqu'un me dit de laisser tomber, de passer à autre chose, j'ai envie de dire, « et toi, est-ce que tu aimerais qu'un jour, on parle de toi en disant passe à autre chose ? ». C'est vrai que parfois, il faut savoir avancer, mais quand même, je pense que nous sommes tombés dans l'excès inverse. Tout est question d'équilibre et de mesure, choses que nous avons amplement perdues dans la société contemporaine, peu importe que l’on vive en Europe en Amérique du Nord. Cela se voit peut-être encore davantage dans les grandes villes, comme New-York, Paris ou Montréal. C’est peut-être pour cela que j’ai toujours eu du mal à m’imaginer vivre dans une capitale, à part peut-être Québec qui est à taille humaine et où les gens sont adorables.